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William Hope Hodgson : Ma maison sera appelée la maison de la prière

mercredi 22 décembre 2021, par Denis Blaizot

Auteur : William Hope Hodgson William Hope Hodgson William Hope Hodgson (1877 - 1918) fut un des maîtres du fantastique. Il a, parait-il influencé H.P. Lovecraft et Jean Ray, pour ne citer que les deux plus connus.

Traducteur :Denis Blaizot

Titre français : Ma maison sera appelée la maison de la prière

Titre original : My House Shall Be Called the House of Prayer (1911 1911 )

Éditeur : Gloubik éditions

Année de première édition en français : 2021 2021

J’ai découvert cette nouvelle de William Hope Hodgson William Hope Hodgson William Hope Hodgson (1877 - 1918) fut un des maîtres du fantastique. Il a, parait-il influencé H.P. Lovecraft et Jean Ray, pour ne citer que les deux plus connus. au détour des pages de Men of the Deep Waters. Mais sa première publication serait dans The Cornhill Magazine de Mai 1911 1911 .

Il semble que le texte ci-dessous soit la première traduction français d’un texte qui n’est pas du domaine du fantastique. Hodgson s’en est peut écarté et celle-ci est la seule que j’ai repérée dans ce cas.

Mais je la trouve très belle et elle est digne du maître. Et j’implore votre pardon pour les faiblesse de la traduction. Les passages en argot étant loin d’être faciles à restituer.

MA MAISON SERA APPELÉE LA MAISON DE LA PRIÈRE

(Un incident dans la vie du père Johnson, prêtre catholique romain).

« Et le Grand Fond de la Vie. »

Le village irlandais du Père Johnson n’était pas irlandais. Pour une raison inconnue, il était poly­glotte. C’est, comme on pourrait dire, une famille extraordinaire.

J’emmenai mon ami James Pelple avec moi pour une escapade d’un après-midi, afin de rendre visite au prêtre dans sa nouvelle maison, car il avait déménagé depuis la dernière fois que je l’avais vu. Pelple connaissait le père Johnson, par ouï-dire et le désapprouvait fortement. Il n’y avait pas d’autre mot pour décrire ses sentiments.

—  Un homme bon, oui, faisait-il remarquer. Mais si tout ce que vous me dites et la moitié de ce que j’entends des autres, est vrai, il est beaucoup trop laxiste. Son rituel…

—  Je ne suis jamais allé chez lui, l’ai-je inter­rompu. Je ne connais que l’homme. En tant qu’homme, je l’aime, vous le savez. En tant que prêtre, je l’admire. En ce qui concerne son rituel, je ne sais rien. Je ne crois pas qu’il soit homme à se montrer indûment laxiste sur des points essentiels.

—  C’est vrai ! Tout à fait ! dit Pelple. Je ne sais rien, mais j’ai entendu des choses très particu­lières.

J’ai souri en moi-même. Certainement, le père Johnson avait des manières inhabituelles. Je l’ai vu, par exemple, lorsque nous étions seuls, oublier de dire le bénédicité, jusqu’à ce que, peut-être, il ait mangé un plat. Puis, se rappelant, il touchait ses doigts ensemble et disait :

—  Bénissez-moi cette nourriture (en regardant le plat vide) et je vous en remercie (en regardant le plat plein devant vous).

Puis, se souvenant du plat encore sur le feu :

—  Et cela aussi, Seigneur.

Et de diriger l’attention du Seigneur sur ce plat, par un signe de tête en arrière. Ensuite, il re­prenait son repas et sa conversation, de la manière la plus naturelle.

—  J’ai entendu dire qu’il permet que son église soit utilisée à des fins très extraordinaires, pour­suit Pelple. Je ne peux pas, bien sûr, croire certaines des choses que j’entends. Mais on m’a as­suré que les femmes apportent leur tricot dans l’église les soirs de semaine, tandis que les hommes s’y rassemblent, comme à l’auberge, où les discus­sions concernant le village sont autorisées. Je trouve cela inconvenant, très inconvenant ! Pas vous ?

Mais je trouvais difficile de critiquer le Père Johnson. J’étais franchement un admirateur, comme je le suis encore aujourd’hui. Je me suis donc tu, aidé par un mouvement de tête insaisis­sable, qui aurait pu être soit un signe d’approba­tion, soit un signe de négation. Lorsque nous attei­gnîmes le village et demandâmes la nouvelle mai­son du prêtre, trois hommes de l’endroit nous y es­cortèrent en grande pompe, comme à la maison d’un chef. Arrivés là, deux d’entre eux nous le montrèrent par la fenêtre, où il était assis à table, fumant, après son thé matinal. Le troisième homme aurait voulu nous accompagner à l’inté­rieur, mais je lui dis que je voulais voir le prêtre seul. Sur quoi ils partirent tous, joyeux. Avoir be­soin de voir le prêtre seul, était un besoin que cha­cun comprenait, comme faisant partie de sa vie quotidienne.

Je soulevai le loquet et nous entrâmes, comme tout le monde peut le faire à toute heure du jour ou de la nuit. La porte de sa maison s’ouvrait sur un petit couloir et je pouvais voir directement dans sa petite salle, d’où on apercevait la petite cuisine à l’arrière. En entrant, j’entendis Sally, sa servante, qui lavait la vaisselle dans la petite arrière-cuisine. À ce moment-là, le père Johnson l’appela :

—  Sally, je vais faire un pari avec vous.

De l’arrière-cuisine, j’entendis un bruissement rapide et un claquement discret et j’ai su que Sally (ayant entendu ce préliminaire souvent auparavant) retirait furtivement les manches des couteaux de l’eau bouillante. Puis sa réponse :

—  Est-ce que vot’ rév’rence a causé ?

—  Oui, Sally, ma fille, dit le prêtre. Je vais faire un pari avec vous, Sally, vous avez mis les manches des couteaux dans l’eau chaude… hein, Sally !

Et puis la voix de Sally, triomphante :

—  Vous avez tort, votre rév’rence, ces couteaux sont sur l’égouttoir !

—  Oui, Sally, dit le Père Johnson. Mais n’étaient-ils pas dans l’eau chaude quand j’ai pro­posé de parier ?

—  Ils l’étaient, votre rév’rence, répondit Sally, d’une voix honteuse, comme elle l’avait fait pendant les sept dernières années.

Le prêtre eut alors un petit accès de rire joyeux, presque silencieux, en soufflant de grands nuages de fumée, au milieu desquels nous l’abor­dâmes.

Après nos salutations, que le prêtre accueillit avec cette cordialité étrange et attirante, qui laissa même le critique Pelple moins désapprobateur. On nous mit à table pour prendre un thé, le prêtre nous servant lui-même et faisant « passer » le petit repas, comme on pourrait dire, avec l’abondance de son énergie et de son humour… racontant une cen­taine de contes et de plaisanteries pittoresques sur la campagne, avec son accent rauque faisant naître le rire là où un discours plus formel nous aurait laissés froids et insensibles.

Le repas terminé, le prêtre nous proposa de l’accompagner à sa chapelle pour voir si les choses étaient « heureuses ». Comme vous pouvez le sup­poser, nous étions impatients d’accepter son invita­tion. Car, comme je l’ai déjà précisé, je n’étais ja­mais descendu chez lui auparavant et j’avais enten­du beaucoup de choses – tout comme Pelple – sur sa chapelle et ses méthodes.

Nous n’avions pas loin à aller. En chemin, le père Johnson désigna du pouce une petite cabane en pierre, très petite et grossière, dont j’appris qu’elle était louée par un vieux du nom de Thomas Cardallon, qui n’était pas un Irlandais.

—  La femme de Tom est morte la semaine der­nière, dit le prêtre, tranquillement. Il sera expulsé demain, comme toujours, s’il ne peut pas payer son loyer.

Je mis la main dans ma poche, avec un mouve­ment à moitié involontaire. Mais il secoua la tête, comme pour dire qu’on ne pouvait rien faire de bon de cette façon. Ce fut tout et nous dépassâmes la petite masure en un instant. Mais je me surpris à regarder en arrière, avec une curiosité soudaine et nouvelle, ce petit lieu d’habitation grossièrement construit qui, auparavant, n’avait été qu’une pauvre hutte parmi d’autres. Mais qui me parais­sait maintenant avoir une histoire propre, de sorte qu’il se détachait, dans ma mémoire, des autres, qui se trouvaient çà et là aux alentours, comme quelque indication de l’espérance de vie et des efforts de deux pauvres humains. Je l’ai mal for­mulé. Je sais, mais c’était juste un tel fouillis de pensées et d’émotions vagues qui s’agitait dans mon esprit. Par la suite, j’ai eu des raisons de me souvenir encore de la masure et de ses anciens oc­cupants.

Nous arrivâmes très vite à la chapelle, mais lorsque nous y entrâmes, je restai un moment à re­garder avec étonnement l’unique allée de cette longue salle blanchie à la chaux. Il n’y avait pas beaucoup de bruit, car, comme je le découvris, la révérence et le sens du lieu avaient toujours le pou­voir. De plus, c’étaient les gens du père Johnson. Je regardai mon ami en souriant, je le crains.

—  Encore pire que ce que la rumeur avait pré­dit, suggérai-je à voix basse.

Mais il ne répondit pas, car il me parut étouffé par l’excès de sa désapprobation stupéfaite. Le prêtre était à quelques pas devant nous, là où nous avions fait une pause involontaire dans l’embra­sure de la porte. Lui aussi s’arrêta et regarda la scène, sans être observé.

Vous comprendrez qu’il y avait matière à mon étonnement et même – comme beaucoup en conviendront – à la forte désapprobation que res­sentait mon ami, lorsque je vous dirai qu’il y avait une vente aux enchères en cours dans la chapelle. Car dans l’embrasure de la porte, à gauche, se trouvait un tas d’objets ménagers, provenant mani­festement de la chaumière d’un des plus pauvres. Devant ce petit tas se trouvait un vieil homme et autour de lui, en demi-cercle, se tenait un certain nombre de villageois, écoutant attentivement le vieil homme vanter chaque article de son équipe­ment ménager, qu’il mettait en vente.

—  Ma Maison s’appellera…, citai-je doucement et involontairement. Mais moins avec un reproche dans le cœur qu’avec un grand étonnement, asso­cié à une vague stupeur. Le prêtre, qui se tenait encore un peu devant moi, surprit ma citation à moitié inconsciente, mais il dit simplement et si gentiment « Chut ! » que je me sentis soudain hon­teux, comme si j’étais un enfant tâtonnant dans la vie que le prêtre avait porté sur ses épaules pen­dant toutes ces longues années.

Pendant peut-être une demi-minute de plus, nous sommes restés là à regarder la scène, le père Johnson nous précédant encore de quelques pas dans la chapelle.

—  Tom Cardallon, expliqua-t-il à l’instant, par-dessus son épaule. S’il vendait à l’extérieur, les constables confisqueraient tout. Je vous ai montré sa maison en passant.

Il nous fit signe de rejoindre le groupe de villa­geois autour du pitoyable tas d’objets ménagers, ce que nous fîmes, tandis qu’il continuait à monter dans la chapelle, adressant un mot ici et là aux nombreuses personnes qui étaient réunies pour cette heure de calme qui précédait le Rosaire du soir. Quelques-uns priaient. D’autres étaient assis tranquillement dans un isolement reposant du monde extérieur. Beaucoup de femmes, je l’ai re­marqué, tricotaient, ou étaient assises à faire du beurre dans de petits pots de verre, qu’elles se­couaient constamment dans leurs mains. Toute la scène, dans la douce lumière du soir qui entrait par les longues et étroites fenêtres, me donnait un extraordinaire sentiment de repos et d’humanité.

Je me tournai vers le petit groupe entourant le vieil homme. Je commençai à saisir le sens de ses remarques, prononcées à voix basse et je me rapprochai pour entendre plus clairement. Je compris – comme le prêtre nous l’avait dit – qu’il venait de perdre sa femme, après une longue mala­die qui les avait désespérément endettés. En effet, comme vous le savez, l’expulsion du petit taudis était prévue pour le lendemain, si le vieil homme ne trouvait pas la petite somme qui lui permettrait de rester dans le vieux cottage, où il avait évidem­ment passé de nombreuses années très heureuses.

—  La voilà, dit le vieil homme en montrant une casserole usée, c’est dans celle-ci que ma femme a fait cuire une grande quantité de pommes de terre.

Il s’arrêta et se détourna de nous un moment, avec un étrange petit geste maladroit, comme s’il cherchait quelque chose qu’il savait inconsciem­ment ne pas pouvoir trouver. Je crois, en réalité, que ce mouvement était dû à un désir inconscient de détourner momentanément son visage, qui avait commencé à s’animer, à mesure que la mémoire s’éveillait en lui. Il se retourna à nouveau.

Il termina son curieux éloge, plutôt maladroite­ment, et sortit son vieux mouchoir rouge. Après s’être mouché et avoir furtivement essuyé ses yeux, il se servit du mouchoir pour polir l’intérieur et l’extérieur de la casserole, après quoi il la tendit une fois de plus à la foule silencieuse et compatis­sante.

—  Combien en donneriez-vous ? demanda-t-il en regardant anxieusement les nombreux visages.

—  Six pence, dit une voix basse.

Et le vieil homme, après avoir jeté un rapide coup d’œil à la foule, dit :

—  Elle est à vous, Mme Mike Callan,

Et la tendit à une femme à l’avant de la foule. L’argent fut versé dans sa main en pièces de cuivre, comme je pouvais le voir de ma place.

Je tournai mon regard vers l’acheteuse, sen­tant que j’aimerais racheter la casserole avant de la rendre au vieil homme. De cette façon, je vis le père Johnson se déplacer de-ci de-là dans la petite foule, un sac de calicot à la main. D’une manière subreptice, il en tirait quelque chose – que je devi­nais, au faible tintement, être de l’argent – et le dis­tribuait à un homme ici et à une femme là parmi les badauds, accompagnant chaque acte de quelques mots chuchotés.

Je compris beaucoup de choses et devinai le reste. Il était évident que les gens n’avaient que peu d’argent à dépenser. Tant leurs vêtements que leurs petites cabanes témoignaient d’une pauvreté extrême. Cette pauvreté, le Père Johnson y remé­diait pour l’occasion et ses paroles chuchotées étaient probablement des indications concernant les articles pour lesquels il fallait enchérir et le montant à enchérir pour chacun. Ceci, bien sûr, n’est qu’une supposition. Mais je crois que j’ai rai­son, dans l’ensemble.

À un moment, j’enchéris pour une petite cruche ancienne, offrant le double ou le triple de sa valeur originale. Mais le vieil homme n’y prêta pas la moindre attention et continua à céder l’article à des enchères dont les pence l’emportaient sur les shillings de mon offre. J’étais étonné et je commençais à voir clair, si je puis m’exprimer ain­si. L’homme à côté de moi offrit cinq pence. Puis il se retourna et leva le doigt, secouant la tête de fa­çon amicale, mais avec un avertissement. De toute évidence, je n’avais pas le droit de prendre part à cette fonction d’aide entre voisins, qui était mani­festement régie par des règles dont je n’avais pas connaissance. Une femme, près de moi, rendit les choses un peu plus claires. Elle se pencha vers moi et murmura :

—  Il ne vous le reprendrait pas. Monsieur, ni le prix que vous avez proposé, non plus. Il a une âme indépendante, c’est vrai. Monsieur. Pauvre vieil homme.

Donc les choses allaient être rendues, après tout. Je me demandais comment ils allaient organi­ser le retour. Il était évident qu’il n’avait aucune idée des intentions de ses voisins, car la détresse se lisait trop clairement sur son visage, à chaque article familier qu’il vendait aux enchères. J’appris par la suite qu’il avait été retenu à la chapelle par le père Johnson pendant quelques « heures », au cours desquelles le matériel ménager avait été re­placé dans son logement.

Quand tout le reste avait été vendu, il ne restait qu’un pauvre paquet, enveloppé dans un châle défraîchi. C’était comme si le vieil homme avait repoussé jusqu’à la fin la vente de cet objet. Il se mit maladroitement à genoux et commença à défaire les nœuds, en tâtonnant maladroitement et en baissant la tête au-dessus du paquet. Il finit par défaire les nœuds et, après avoir un peu retourné les quelques objets, d’une manière que je perçus comme une caresse muette, plutôt que parce qu’il cherchait un article particulier, il se leva, tenant une vieille jupe usée.

—  Celle-ci, dit-il lentement, était la plus belle de ma femme et elle en parlait beaucoup, ces trente dernières années. Je me souviens de la première fois qu’elle s’en est occupée. (Un instant son visage s’est creusé d’émotion.) Elle était si mince qu’elle a dû mettre une ceinture. Non pas que ce soit joli. Elle faisait très attention, un…

Je perdis le fil de l’explication murmurée par le vieil homme à ce moment-là, car je me rendis sou­dain compte que le père Johnson était presque à mes côtés. Je jetai un coup d’œil vers lui, mais il fixait le vieil homme, avec une expression des plus étranges sur son visage. Je remarquai, inconsciem­ment, qu’il serrait et desserrait rapidement les mains. C’est alors que la voix du vieil homme me revint à l’oreille :

—  C’est du bon tissu et les taches n’ont pas pu être évitées. Comme elle l’a dit, c’est la volonté de Notre Seigneur et elle ne doit pas se plaindre. Celle-ci a été faite il y a quinze ans.

Mon attention fut à nouveau détournée. Je perçus le claquement sec d’un doigt et d’un pouce et un homme se retourna et s’écarta de la foule pour aller vers le Père Johnson, en obéissant à son signal.

—  Achète, Mike ! Achète à l’instant ! entendis-je le prêtre chuchoter, son accent s’amplifiant, car il était agité. Offre une pièce de monnaie pour le lot et achète. Ça nous brise le cœur.

Il tendit de l’argent à l’homme et Mike enchérit pour le châle plein. Mais, même là, il était horrible de voir le combat du vieux Cardallon, avant qu’il ne puisse céder les vêtements à l’acheteur.

La vente était terminée. Les derniers moments avaient été suivis par un public de plus en plus nombreux, composé de personnes qui, au début, s’étaient contentées de s’asseoir, de parler et de se reposer tranquillement sur les bancs et qui, venant des districts périphériques, n’étaient pas des voi­sins intimes du vieux Tom. Alors qu’ils se sépa­raient pour retourner à leurs sièges, je vis une ou deux femmes pleurer ouvertement.

James Pelple et moi restâmes pour le service du Rosaire, en toute révérence, bien que d’une autre confession. Ensuite, alors que nous étions dans l’embrasure de la porte, attendant le père Johnson, je le regardai en face.

—  Alors ? lui demandai-je. Un repaire de vo­leurs ?

Mais Pelple « l’obstiné » secoua la tête.

—  Un homme merveilleux, dit-il, un homme merveilleux. J’aimerais le connaître mieux.

Je me mis à rire.

—  Alors vous êtes aussi passé sous la ban­nière, dis-je. Je me demandais si vous le feriez.

Et juste à ce moment-là. Le Père Johnson, en soutane, nous rejoignit et nous commençâmes notre voyage de retour vers sa maison.

En chemin, nous passâmes devant la porte de la chaumière de Cardallon, dont la moitié supé­rieure était ouverte. Le prêtre regarda à l’intérieur, avec un mot joyeux et nous l’avons rejoint. Le vieil homme se tenait debout au centre de son sol de terre battue, regardant autour de lui, stupéfait, in­crédule, tous ses objets ménagers restitués. Il re­gardait d’un air hagard le Père Johnson, les larmes coulant lentement sur son visage ridé. Dans sa main droite, il tenait le petit paquet, noué autour du châle délavé.

Le prêtre tendit une main au-dessus de la de­mi-porte et bénit le vieux Tom Cardallon de la ma­nière la plus adorable et la plus chaleureuse qui soit, ce qui m’émut, je l’avoue franchement, jus­qu’au plus profond de moi-même.

Puis il se détourna et nous reprîmes notre pro­menade, laissant le vieillard à ses larmes, qui, j’en suis convaincu, étaient les signes, en partie du moins, d’un doux bonheur.

—  Il n’a pas voulu de notre aumône, dit le prêtre plus tard. Mais pensez-vous que son cœur lui permettrait de vendre tout ça !

J’ai regardé Pelple et je souris à son hochement de tête. Car je savais que sa dernière
interrogation informulée avait trouvé une réponse.

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