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Jean Bories : La vie aventureuse d’Ambrose Bierce

dimanche 3 juillet 2022, par Denis Blaizot

La vie aventureuse d’Ambrose Bierce a, semble-t-il, été publiée dans nombre de journaux. Le texte qui suit est extrait du quotidien L’ordre daté du 27 septembre 1938 1938 . D’aucuns se demanderont pourquoi celui-là. Tout simplement parce que c’est le premier à m’être tombé sous les yeux. [1]

Qu’est devenu Ambrose Bierce, disparu voici 25 ans ? Ambrose Bierce naquit dans l’État d’Ohio, le 24 juin 1842. Il prit du service dans l’armée fédérale ou abolitionniste pendant la guerre de Sécession. À la paix, il portait les épaulettes de major (commandant), grade qu’il avait conquis au prix de son sang et par des actes de bravoure dignes d’un preux chevalier. En 1866 1866 , il débutait dans le journalisme, à San-Francisco. Huit ans plus tard, on le retrouve à Londres, où il dirige un journal satirique. En 1876 1876 , il retourne à San-Francisco et il devait séjourner sur la côte du Pacifique pendant un quart de siècle. Cette résidence ne fut interrompue que par une fugue dans le Dakota du Sud où le nouvelliste se consacra pendant quelque temps à la hasardeuse existence du prospecteur. Il eut à cette époque de sa vie des démêlées à main armée avec les individus louches et les détrousseurs de grand chemin qui hantaient ces districts miniers ; on en retrouve l’écho dans nombre de ses nouvelles. Sa verve satirique s’éveilla aux abus sans nombre dont il lui fallait être le témoin. Politiciens corrompus, philanthropes et pasteurs hypocrites, tous les ambitieux sans scrupules, tous les profiteurs sans conscience, tous les folliculaires nuisibles, tous les fonctionnaires sans principes reçurent sur leurs épaules la plus jolie cinglée de verges qu’on ait jamais vu administrer aux fripons et aux parasites d’une société en voie de formation. Ce maître pamphlétaire était de la souche des grands puritains. Le mal le révoltait sous toutes ses formes et ses fureurs prenaient volontiers une forme apocalyptique. Il n’en demeurait pas moins chevaleresque à l’extrême et ses ennemis ne surent jamais ce qu’ils devaient redouter le plus, la sanglante invective ou la pointilleuse courtoisie de leur bourreau. Conteur hallucinant, il a écrit deux précieux recueils de nouvelles : In the Midst of Life et Can Such Things Be ? récits de mystère où se donna libre cours sa « brutale imagination »

(l’épithète est de Gertrude Atherton). Son œuvre littéraire se complète pat des poèmes et par un roman tiré de l’allemand, The Monk and the Hangman’s Daughter, qu’il écrivit en collaboration avec G. Adolphe Danziger, Soldat valeureux, polémiste virulent, romancier, nouvelliste, poète, journaliste et aventurier, nous dit M. Victor Llona dans l’excellente préface qu’il a placés en tête du livre de Bierce : Aux lisières de la mort. Ambrose Bierce fait, dans la littérature américaine, figure de héros quasi légendaire de parfait artisan ès lettres, de gentleman accompli. C’est cet homme là qui disparut voici 25 ans, dans les conditions les plus mystérieuses. À soixante et onze ans, souffrant d’asthme, sentant la mort rôder, Bierce éprouva une insurmontable répugnance à trépasser vulgairement dans son lit. Il s’achemina vers le Mexique où des rebelles menaient une campagne sans merci contre les éphémères et falots gouvernements qui se succédaient dans la capitale. Ces patriotes n’accordaient ni ne demandaient quartier. Notre écrivain jugeait leur cause saine et ne leur marchandait pas sa sympathie : état d’esprit et attitude assez rares aux États-Unis pour qu’on les consigne ici. Vers la fin de 1913 1913 , la fille du poète reçu une lettre datée de Chihuahua, par laquelle son père l’informait incidemment, comme d’une chose sans véritable importance, qu’il avait contracté un engagement dans l’armée de Villa à la veille d’une opération offensive. Depuis ni la famille, ni les amis de l’écrivain ne reçurent de lui la moindre nouvelle. Comme le prévoyait, bien des années auparavant, un des intimes du poète, celui-ci s’est caché pour mourir. Et il a réussi i dresser au bout de sa carrière, un point d’interrogation, mystérieux et troublant.

Jean Bories.